Avant d'être photographe, je suis accordéoniste. Avec Violine Cats, je me produis dans des maisons de retraite, auprès de personnes atteintes de maladies dégénératives. Et j'ai vu quelque chose d'extraordinaire se produire, à chaque fois : une chanson familière, et soudain le regard change. Une bribe de mémoire remonte. La personne est là, entière, présente — elle redevient elle-même.
La photographie fait la même chose.
Une image juste, et tout revient. Un visage qu'on croyait oublié. Une sensation. Un moment de bonheur ordinaire qui était en train de disparaître sans qu'on s'en rende compte.
C'est pour ça que je photographie. Pas pour faire de belles images — même si j'y tiens. Mais pour créer ces points d'ancrage dans le temps. Ces preuves que vous avez vécu, aimé, ri, existé ensemble.
Pour que dans vingt ans, vos enfants puissent regarder une photo et sentir, encore, ce que vous ressentiez ce jour-là.





